Cancers : Avancées et espoirs à l’Institut Pasteur de Lille

Mise à jour : Janvier 2021

Il y a presque autant de cancers différents que de malades, chaque tumeur étant associée à des mécanismes moléculaires propres. Seules les avancées de la recherche permettront de les décrypter, de les comprendre et de les enrayer. La découverte des traitements qui guériront, demain, chaque patient est un processus – long certes – mais indispensable, sur lequel reposent tous nos espoirs.

Plus de 18 millions de nouveaux cas et 9,6 millions de décès sont recensés chaque année dans le monde. Des chiffres lourds, qui justifient pleinement la mobilisation très active des chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille dans ce domaine. Grâce à deux équipes de recherche dédiées, notre institut peut explorer chaque année de nouvelles pistes prometteuses et favoriser l’émergence de progrès déterminants.

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Cancers et thérapies ciblées

Lorsque l’on parle de cancer, on parle d’une multiplication anormale et incontrôlable d’une cellule cancéreuse pour former une tumeur. Le cancer peut toucher tous les organes chez l’homme et la femme. Il vaut mieux dire des cancers plutôt que le cancer parce que chaque organe a ses spécificités et chaque cancer localisé dans chaque organe a ses spécificités.” explique le Dr Martine Duterque chercheuse à l’Institut Pasteur de Lille (Directrice de recherche – Unité Mixte de Recherche Canther, CNRS 9020, Inserm 1277).

Afin de répondre à ce fléau, les médecins disposent d’un arsenal thérapeutique contre les cancers. Il est constitué de la chirurgie, la radiothérapie, les chimiothérapies classiques et depuis peu les thérapies ciblées. Les chercheurs sont aujourd’hui en mesure de détecter des anomalies présentes au niveau des cellules cancéreuses et de mettre au point des traitements les ciblant précisément. Ainsi, les thérapies ciblées sont des médicaments qui ne détruisent que les cellules malades et épargnent au maximum les cellules saines, contrairement à la chimiothérapie classique, moins sélective. Les thérapies ciblées permettent de soigner les cancers plus efficacement et avec moins d’effets secondaires car elles préservent les cellules saines. En s’adaptant aux spécificités de la tumeur de chaque patient, ces thérapies sont au cœur d’une médecine toujours plus précise et personnalisée. En les utilisant en association, entre elles ou avec les thérapies classiques contre le cancer, l’objectif est de traiter encore plus de patients, plus efficacement, et en limitant les effets secondaires.

Le Dr Duterque précise que « détecter les mutations dans un type de tumeur est très important pour savoir ce qui se passe. Comprendre permet de diagnostiquer avec précision puis de concevoir des thérapies ciblées qui vont attaquer spécifiquement cette anomalie et ne pas toucher le récepteur normal qui, lui, doit fonctionner. Ainsi, la thérapie n’affecte que la cellule tumorale et n’affecte pas la fonction normale. »

Nos recherches sur les cancers

Le cancer du poumon est le plus mortel en France et arrive en tête de la surmortalité dans les Hauts-de-France. Face à cette urgence, il est primordial de fournir aux patients de nouveaux traitements.

Un traitement ciblé efficace contre certains cancers du poumon

A l’Institut Pasteur de Lille, l’équipe du Dr David Tulasne avance dans la recherche de thérapies ciblées visant les récepteurs à l’activité tyrosine kinase (RTK), afin de traiter certains cancers du poumon, notamment chez les patients présentant des mutations MET. En effet, la transformation oncogénique induite par un RTK peut être déclenchée par différentes mutations. Détecter les mutations dans un type de tumeur est donc très important pour comprendre les mécanismes conduisant au développement du cancer. Cette compréhension permet d’établir un diagnostic précis, puis de concevoir des thérapies ciblées pour attaquer spécifiquement cette anomalie et n’affecter que des cellules tumorales.

Suite à ces travaux, un essai clinique international mené en collaboration avec le service de pneumologie du CHU de Lille et dirigé par le Pr Alexis Cortot, onco-pneumologue, a permis de valider l’efficacité de ce traitement ciblé, dans la prise en charge de certains cancers agressifs du poumon.

Remplacer la chimiothérapie par des médicaments ciblés, plus performants et moins toxiques

Cette avancée fondamentale est une première mondiale. Elle devrait permettre de proposer, à certains patients, un médicament par voie orale plus performant et moins toxique que la chimiothérapie. Un véritable espoir pour de nombreux malades, car “les mutations MET touchent 3% des patients, soit 104 nouvelles personnes par an dans la région, et pour lesquelles il n’y a pas d’autres solutions thérapeutiques” indique le Pr Cortot.

Le bon médicament au bon patient

La collaboration entre les chercheurs de l’Institut Pasteur de Lille et les équipes du CHU de Lille a permis de dresser une véritable carte d’identité de la tumeur. En étudiant des échantillons prélevés chez les patients, les chercheurs ont non seulement pu détecter la quasi-totalité des mutations génétiques, mais ils ont aussi pu démontrer l’efficacité de médicaments ciblés susceptibles de les bloquer.

Pour mettre au point de nouvelles thérapies ciblées et offrir un espoir de guérison, il est essentiel d’avoir une connaissance fine des mutations conduisant au développement des cancers, mais également des mutations conduisant à la résistance aux traitements responsables des rechutes.

Car le Dr Tulasne le rappelle : “un essai clinique positif offre une meilleure espérance de vie du patient, mais ne conduit pas encore à une guérison”. L’espoir repose donc sur le développement de secondes stratégies dès qu’apparaît une résistance. A terme, les chercheurs espèrent épuiser le stock de résistance possible dans la tumeur pour parvenir à la guérison du patient.

Cancer de la prostate et COVID-19 : les androgènes jouent-ils un rôle ?

Depuis l’apparition du coronavirus SARS-CoV-2, il a très vite été constaté que, parmi les patients hospitalisés, les hommes étaient plus sévèrement atteints que les femmes. L’une des explications repose sur les effets physiologiques des androgènes (hormones mâles). Une hypothèse renforcée par le fait que la protéase TMPRSS2 – une protéine cruciale dans l’infection virale – se trouve régulée par les androgènes dans la prostate et est très fortement exprimée en cas de cancer.

Nous ignorons pour l’instant si les androgènes régulent également l’expression dans les poumons, et plus largement dans les organes cibles du coronavirus à l’origine de la COVID-19. L’objectif des recherches de l’équipe du Dr Martine Duterque est d’une part, d’étudier dans les cellules cancéreuses de prostate, puis dans les cellules pulmonaires, si la modulation des androgènes a un effet sur l’infection virale par le SARS-CoV-2, et d’autre part, grâce à un modèle qui peut être infecté en laboratoire par le virus, d’évaluer l’effet des anti-androgènes sur l’expression de la protéase cruciale à l’infection (TMPRSS2) dans les tissus pulmonaires, entre autres, et dans la prostate qui est ici le témoin positif.

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Enfin, à partir des cohortes de patients à la fois atteints de cancer de la prostate traités ou non par hormonothérapie, et ayant contracté la COVID-19, les chercheurs évalueront les degrés de gravité de l’infection en fonction des traitements des patients.

“Ces recherches alliant COVID-19 et cancer impliquent de nombreuses collaborations au sein même du Campus avec le Pr Jean Dubuisson, directeur du Centre d’Infection et d’Immunité de Lille, le Dr Sandrine Belouzard, chercheuse en virologie moléculaire et cellulaire des coronavirus, le Dr François Trottein, chercheur au Centre d’Infection et d’Immunité de Lille” souligne le Dr Duterque. “La proximité de nos différentes équipes favorise grandement les échanges et la mise en commun de nombreuses compétences”.

Le but de ce projet est double : Il permettra de comprendre un des rôles possibles des androgènes dans l’infection virale chez les hommes, et d’évaluer les risques et le degré de gravité pour les patients à la fois atteints de la COVID-19 et d’un cancer de la prostate, traités ou non par hormonothérapie. Des données cruciales pour anticiper et améliorer la prise en charge des patients atteints de cancer de la prostate en période d’épidémie.

CANTHER : le centre de précision dédié aux cancers

La recherche scientifique en cancérologie sur le campus de l’Institut Pasteur de Lille est effectuée au sein de l’Unité Mixte de Recherche CANTHER – Hétérogénéité, Plasticité et Résistance aux Thérapies des Cancers – Cette unité a pour objectif principal de mieux comprendre les mécanismes de résistance aux traitements des cancers et favorise le dialogue entre les équipes cliniques et les équipes de recherche afin d’identifier de nouvelles cibles de traitements en cancérologie.

Cette compréhension des mécanismes devra ensuite mener à l’identification de nouvelles cibles thérapeutiques et de nouveaux marqueurs de la résistance, afin de pouvoir proposer aux patients atteints de cancer des thérapies adaptées et mieux ciblées. L’unité est composée de 5 équipes de chercheurs qui ont développé des expertises, des compétences et des savoir-faire spécifiques et complémentaires afin de répondre à ces objectifs : l’équipe du Dr Van Seuningen est spécialisée dans les mécanismes de résistance aux chimiothérapies, l’équipe du Dr Tulasne en collaboration avec le Dr Duterque, dans les mécanismes de résistance aux thérapies ciblées, l’équipe du Pr Le Bourhis dans les mécanismes de résistance associés au processus métastatique, l’équipe du Pr Abbadie dans les mécanismes de sénescence et de fibrose associés à la résistance et l’équipe du Pr Quesnel dans les mécanismes de dormance tumorale.

Itinéraire d’un chercheur

Vanessa Dehennaut, enseignante-chercheuse

Directrice des études du master MEEF biotechnologies option BGB et maître de conférence à l’Université de Lille, Vanessa Dehennaut est chercheuse à l’Institut Pasteur de Lille (Unité Mixte de Recherche Canther, CNRS 9020, Inserm 1277), spécialisée dans les cancers colorectaux.

« Je suis issue d’une famille ouvrière du Nord et si j’ai pu suivre des études, c’est grâce aux bourses que j’ai obtenues. Mais le métier de chercheur n’était pas vraiment une vocation ! Après avoir tenté médecine, je me suis réorientée vers la biologie à l’Université de Lille et très vite, je me suis passionnée pour la biologie du développement. En licence, j’ai suivi un parcours spécialisé en biologie du développement et en cancérologie, des domaines parallèles puisque les grandes voix de développement de l’embryon sont celles impliquées dans le développement des cellules cancéreuses. Après mon Master 1, un peu par hasard lors d’une journée portes ouvertes, j’ai donné mon CV à l’un de mes professeurs. Il recrutait un étudiant chercheur pour étudier le rôle du sucre dans l’embryogénèse. Dès que j’ai mis les pieds dans le laboratoire, je me suis sentie chez moi !

Arrivée en doctorat, j’ai eu l’opportunité d’enseigner à l’université, en binôme avec certains de mes professeurs. Ça a été une révélation : j’ai su que je voulais être enseignant-chercheur, pas simplement chercheur. L’enseignement a pour moi autant d’importance que ce que je fais dans le domaine de la recherche sur les cancers, alors que pour des raisons familiales, cela me touche particulièrement. »

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Espoirs et limites des thérapies ciblées dans la lutte contre le cancer

Thématique de recherche

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