Infections, résistances, bons usages… tout ce qu’il faut savoir

Les antibiotiques ont révolutionné la médecine moderne en permettant de traiter efficacement de nombreuses infections bactériennes autrefois mortelles. Ils rendent possible l’usage des immunosuppresseurs associé aux greffes d’organes, ils diminuent les risques d’infections consécutives à la chirurgie ou à la chimiothérapie. Ils ont aussi permis de diminuer l’incidence des rhumatismes articulaires aigus consécutifs à une angine à streptocoque. Pourtant, dans de nombreux cas, les antibiotiques ne sont pas nécessaires et leur utilisation inadaptée peut entraîner plus de risques que de bénéfices.

Mieux comprendre à quoi servent réellement les antibiotiques, quand ils sont nécessaires (et quand ils ne le sont pas) est aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique.

Qu’est-ce qu’un antibiotique ?

Un antibiotique est un médicament destiné à détruire ou à bloquer la multiplication des bactéries responsables d’infections. Certains antibiotiques peuvent cibler une large population de bactéries quand d’autres sont plus spécifiques. En revanche, ils sont tous totalement inefficaces contre les virus. Ils ne permettent donc pas de traiter :

  • les rhumes,
  • la grippe,
  • la bronchiolite,
  • la majorité des angines,
  • la Covid-19.

Dans ces situations, prendre un antibiotique n’accélère pas la guérison et expose inutilement à des effets indésirables.

Antibiotiques et infections : comment savoir s’ils sont utiles ?

Seul un professionnel de santé peut déterminer si une infection est d’origine bactérienne ou virale. Cette décision repose sur l’examen clinique, l’évolution des symptômes et, dans certains cas, sur des examens complémentaires comme des tests rapides d’orientation diagnostique ou des analyses biologiques.

Dans de nombreuses situations courantes, le système immunitaire est capable de lutter seul contre l’infection, sans traitement antibiotique.

Coup de soleil sur l’épaule d’une personne après une exposition excessive aux UV

Pourquoi « les antibiotiques, ce n’est pas automatique » ?

La surconsommation et le mauvais usage des antibiotiques chez l’homme et dans l’élevage des animaux  favorise un phénomène préoccupant : l’antibiorésistance.

 

L’antibiorésistance, c’est quoi ?

Lorsqu’elles sont exposées trop souvent aux antibiotiques, certaines bactéries développent des mécanismes de défense transmissibles à leur descendance ou leurs voisines et qui les rendent résistantes aux traitements.

Cette résistance complique le traitement des infections, qui peuvent alors durer plus longtemps, devenir plus graves et nécessiter des traitements plus lourds. Elle augmente également le risque de complications, notamment chez les personnes les plus fragiles (âges extrêmes de la vie). L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) considère aujourd’hui l’antibiorésistance comme l’une des principales menaces pour la santé mondiale dans un futur proche.

Quand les antibiotiques sont-ils indispensables ?

  • les infections urinaires bactériennes confirmées,
  • l’angine à streptocoque,
  • les pneumonies bactériennes,
  • les méningites bactériennes
  • les infections bactériennes graves de la peau et des tissus mous,
  • les infections du sang (septicémies),
  • les infections bactériennes graves après une intervention chirurgicale,
  • certaines infections bactériennes sévères chez les personnes fragiles (nouveau-nés, personnes âgées, personnes immunodéprimées).

Lorsqu’ils sont prescrits à bon escient, les antibiotiques sauvent des vies. L’enjeu n’est donc pas de s’en passer, mais de les utiliser correctement.

Bien utiliser les antibiotiques : les bons réflexes

Pour préserver leur efficacité, quelques règles simples sont essentielles : ne jamais prendre d’antibiotiques sans prescription médicale, respecter strictement la dose et la durée du traitement même si les symptômes disparaissent, ne jamais réutiliser un antibiotique restant ou en donner à un proche, et rapporter les médicaments non utilisés en pharmacie.

Ces gestes contribuent à protéger sa propre santé, mais aussi celle de l’ensemble de la population.

Et la recherche dans tout ça ?

Le processus de développement d’un médicament est souvent décrit comme long et incertain, nécessitant de synthétiser et de tester des centaines voire des milliers de molécules pour n’en conserver qu’une ou deux comme candidat-médicament. Il requiert des connaissances pointues en chimie, physique et biologie mais aussi en traitement des données aujourd’hui facilité par l’usage rationnel de l’intelligence artificielle.

Le Drug Discovery Center – DDC – (Centre de découverte de médicaments) de l’Institut Pasteur de Lille réunit des scientifiques de diverses disciplines sur un même lieu afin de favoriser les échanges et accélérer l’innovation thérapeutique. Le rassemblement de ces talents dans un bâtiment unique, totalement rénové et repensé pour cette activité est un avantage stratégique et opérationnel majeur pour ces équipes.

La présence de ce centre de recherche au centre du campus de l’Institut Pasteur de Lille va en outre fortement favoriser les échanges entre nos différentes équipes de scientifiques et celles du Drug Discovery Center. Ces échanges favoriseront l’émergence de nouvelles idées et permettront d’accélérer la résolution de problèmes complexes, jusqu’au développement des futurs candidats-médicaments et particulièrement des antibiotiques de demain.

Pr Benoît Déprez,
Pprofesseur de chimie médicinale à la Faculté de Pharmacie – Université de Lille et directeur du Drug Discovery Center à l’Institut Pasteur de Lille.