Ozempic, Wegovy, Mounjaro… en quelques mois, ces noms commerciaux sont devenus familiers du grand public. Derrière eux se cache une même classe thérapeutique : les analogues du GLP-1 (Glucagon-Like Peptide 1), aussi appelés agonistes du récepteur au GLP-1.
Qualifiés de “percée scientifique de l’année 2023” selon le journal scientifique Science, leur histoire est bien plus ancienne, issue de plusieurs décennies de recherche sur les hormones intestinales.
Alors pourquoi un tel engouement aujourd’hui ? Et que faut-il réellement comprendre de ces médicaments ?
Pour répondre à ces questions, voici 5 points clés à retenir sur les analogues GLP-1 :
Mécanismes d’action
Les analogues du GLP-1 miment l’action d’une incrétine, le GLP-1, une hormone intestinale naturellement sécrétée en réponse à la prise alimentaire. Cette incrétine régule la glycémie via son récepteur spécifique exprimé dans plusieurs organes. Au niveau intestinal, elle ralentit la vidange gastrique, ce qui réduit l’absorption des nutriments, notamment du glucose. Au niveau pancréatique, GLP-1 stimule la sécrétion d’insuline, favorisant l’entrée du glucose dans les tissus périphériques. En parallèle, il inhibe la sécrétion de glucagon limitant la production hépatique de glucose. Au niveau du système nerveux central, GLP-1 module la prise alimentaire en réduisant l’appétit et en augmentant la satiété.

Histoire
L’histoire des analogues du GLP-1 s’inscrit dans la découverte des incrétines. Le glucose-dependent insulinotropic polypeptide (GIP) est identifié dans les années 1970, suivi en 1983 par le GLP-1, les deux seules incrétines connues à ce jour. Dans les années 1990, la découverte de l’exendine-4 dans la salive du monstre de Gila (Heloderma suspectum), un lézard venimeux du désert nord-américain, constitue une avancée majeure. Ce peptide, partiellement homologue au GLP-1 humain, présente une forte affinité pour son récepteur et reproduit ses effets hypoglycémiants. Résistant à la dégradation par la dipeptidyl peptidase-4 (DPP-4), enzyme responsable de l’inactivation rapide du GLP-1, il présente une action prolongée par rapport au GLP-1 endogène. Cette découverte a conduit au développement d’un analogue synthétique de l’exendine-4, l’exénatide, premier agoniste du récepteur du GLP-1 approuvé en 2005 dans le traitement du diabète de type 2. Dans les années 2000, de nouvelles molécules ont été développées afin de prolonger davantage la durée d’action des analogues du GLP-1. Ces composés présentent une meilleure stabilité et une plus faible élimination rénale, ce qui contribue à une demi-vie prolongée et permet une administration plus espacée. Parmi eux figure le sémaglutide, présent dans des médicaments comme Ozempic et Wegovy.
Intérêts thérapeutiques
Les analogues du GLP-1 de nouvelle génération tels que le semaglutide, présent dans Ozempic et Wegovy, représentent une avancée majeure dans la prise en charge du diabète de type 2 et l’obésité. Leur demi-vie prolongée, pouvant aller jusqu’à 7 jours contre quelques heures pour l’exénatide et quelques minutes pour le GLP-1 naturel, permet d’améliorer leur efficacité clinique. Ils figurent parmi les classes thérapeutiques les plus efficaces sur le plan glycémique et induisent une réduction significative du poids corporel, avec un bénéfice cardiovasculaire démontré pour certaines molécules. D’autres effets potentiels sont actuellement étudiés dans diverses maladies cardiométaboliques, telles que les maladies rénales ou hépatiques, mais également dans un spectre plus large de pathologies, comme les maladies neurodégénératives, dont la maladie d’Alzheimer, et certaines addictions (alcool, tabac, comportement alimentaire compulsif).

Effets secondaires
Les analogues du GLP-1, comme Ozempic et Wegovy, sont des traitements au long cours, administrés sur plusieurs mois,pouvant s’accompagner d’effets secondaires. Les troubles digestifs, liés à leur mécanisme d’action au niveau gastro-intestinal, sont les plus fréquents, surtout en début de traitement ou lors de l’augmentation des doses : nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhées ou, à l’inverse, constipation. La diminution des apports alimentaires peut entraîner des carences nutritionnelles (fer, vitamine B1) et une perte de masse musculaire plus importante qu’une perte de poids obtenue par mesures hygiéno-diététiques seules. Ces effets indésirables peuvent conduire à un arrêt du traitement, souvent suivi d’une reprise partielle ou totale du poids perdu. Des évènements plus rares mais plus graves, ont également été rapportés notamment des atteintes biliaires, des pancréatites, des occlusions intestinales, des gastroparésies (paralysies de l’estomac). Certains évènements, dont les cancers de la thyroïde, font l’objet d’une surveillance sans lien causal établi à ce jour.
Détournements d’usage
Les analogues du GLP-1, notamment Ozempic, font l’objet de détournements d’usage, notamment pour la perte de poids à des fins esthétiques et non médicales. Une part importante concerne des médicaments obtenus hors du circuit médical et pharmaceutique sans ordonnance, via des proches, l’étranger ou internet. Ces produits vendus comme des analogues du GLP-1 sont majoritairement des contrefaçons. Leur qualité, leur sécurité et leur efficacité ne sont pas garanties : ils peuvent ne pas contenir la substance active annoncée ou contenir des substances toxiques à des concentrations dangereuses pour la santé. Des effets indésirables graves ont été rapportés dans le cadre de ces mésusages, incluant des vomissements sévères, des hypoglycémies sévères, ainsi que des pancréatites aiguës. Ces médicaments sont des traitements soumis à prescription médicale, indiqués dans le diabète de type 2 et l’obésité. Leur utilisation pour maigrir à des fins esthétiques , en dehors de ces indications, expose à des risques importants pour la santé.
Ces avancées s’inscrivent dans une dynamique de recherche active visant à mieux comprendre les mécanismes physiopathologiques des maladies cardiométaboliques, notamment du diabète de type 2 et de l’obésité. A l’Institut Pasteur de Lille, ces pathologies sont au cœur des travaux de recherche menés par les chercheurs et chercheuses du campus.
Sources
Holst JJ. From the Incretin Concept and the Discovery of GLP-1 to Today’s Diabetes Therapy. Front Endocrinol (Lausanne). 2019 Apr 26;10:260. doi: 10.3389/fendo.2019.00260. PMID: 31080438; PMCID: PMC6497767.
Latif W, Lambrinos KJ, Patel P, Rodriguez R. Compare and Contrast the Glucagon-Like Peptide-1 Receptor Agonists (GLP1RAs). 2024 Feb 25. In: StatPearls [Internet]. Treasure Island (FL): StatPearls Publishing; 2026 Jan–. PMID: 34283517.
OMS Organisation Mondiale de la Santé, Utilisation des analogues du GLP-1 dans le traitement de l’obésité, 2 décembre 2025
ANSM Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé, Analogues du GLP-1 : point sur la surveillance des effets indésirables graves et mésusages, publié le 05 juillet 2024 et mis à jour le 07 janvier 2026
ANSM Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé, Surveillance des aGLP-1 : l’ANSM confirme le rapport bénéfice/risque favorable lorsque ces médicaments sont utilisés conformément aux recommandations, publié le 07 janvier 2026, mis à jour le 17 février 2026
ANSM Agence Nationale de Sécurité du Médicament et des produits de santé, Alerte sur les risques associés à l’achat sur internet d’aGLP-1 contrefaits, publié le 09 septembre 2025, mis à jour le 18 novembre 2025
FAQ
Ce sont des médicaments qui miment le GLP-1, une hormone intestinale impliquée dans la régulation du glucose sanguin et de l’appétit.
Les analogues du GLP-1 augmentent la sécrétion d’insuline, réduisent celle du glucagon, ralentissent la digestion et diminuent l’appétit, ce qui améliore la glycémie et favorise la perte de poids.
Principalement dans le diabète de type 2 et l’obésité, avec certains bénéfices cardiovasculaires démontrés pour certaines molécules.
Ozempic et Wegovy contiennent la même molécule active, le sémaglutide, mais à des doses et pour des indications différentes. Ozempic (solution injectable de 0,25 à 1 mg) est autorisé dans le traitement du diabète de type 2. Wegovy (solution injectable de 0,25 à 2,4 mg) dispose d’une autorisation dans le traitement de l’obésité et est remboursé par l’Assurance maladie depuis le 15 juin 2026, sous conditions strictes (IMC ≥ 40, ou ≥ 35 avec comorbiditiés spécifiques, après échec d’une prise en charge nutritionnelle encadrée).
Mounjaro contient une autre molécule active, le tirzepatide qui est à la fois un analogue GLP-1 mais également un analogue du GIP. Mounjaro est utilisé pour le traitement du diabète de type 2 et de l’obésité. Tout comme Wegovy, il est également remboursé depuis le 15 juin 2026 par l’Assurance maladie pour le traitement de l’obésité.
Non, les premiers analogues du GLP-1 existent depuis le début des années 2000, mais les nouvelles générations sont plus efficaces.
Parce que les nouvelles molécules ont une demi-vie plus longue et donc une durée d’action plus longue permettant des administrations plus espacées et une efficacité clinique supérieure par rapport aux premières générations.
Non. Il n’existe pas d’équivalent naturel au sémaglutide. Certains compléments alimentaires, comme la berbérine, sont présentés comme des alternatives naturelles, mais leur mode d’action est différent et leur efficacité sur la glycémie et le poids reste très inférieur et n’est pas démontrée par des études cliniques comparables. Les produits vendus comme « Ozempic naturel » ou « alternative naturelle à Ozempic » relèvent du domaine commercial sans base scientifique. Ils exposent par ailleurs à un risque de retard de prise en charge médicale adaptée.
Les troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées ou constipation) sont les plus fréquents.
Plus rarement, des atteintes biliaires, pancréatites ou troubles digestifs sévères peuvent survenir. Certains risques, comme les cancers de la thyroïde, font encore l’objet de surveillance.
Oui, une reprise de poids est fréquemment observée après l’arrêt du traitement.
Parce qu’ils ouvrent des pistes intéressantes dans d’autres maladies comme les maladies rénales, hépatiques, neurodégénératives ou certaines addictions.
En raison de leur effet sur le poids, ils sont parfois utilisés à des fins esthétiques hors cadre médical, ce qui expose à des risques importants pour la santé.
Conformément à son autorisation de mise sur le marché (AMM), l’utilisation spécifique d’Ozempic est réservée en France pour traiter le diabète de type 2 insuffisamment contrôlé. Il n’est pas autorisé pour la perte de poids. En cas d’obésité ou de surpoids associé à des facteurs de risque, consultez votre médecin. Il pourra évaluer votre situation et, si nécessaire, vous proposer un traitement adapté.
En France, Ozempic est disponible uniquement dans les pharmacies, sur ordonnance médicale. L’acheter sans ordonnance, notamment en ligne, expose à un risque élevé de médicaments de qualité douteuse qui constituent un danger pour la santé.