Les hantavirus sont des virus transmis principalement par certains rongeurs sauvages. L’être humain peut être contaminé par inhalation de particules issues d’urines, de salive ou d’excréments de rongeurs infectés, notamment dans des lieux fermés peu ventilés (caves, greniers, cabanes, bâtiments agricoles…). « L’hantavirus n’est pas un virus émergent. » rappelle la Pr Anne Goffard, médecin, virologue au CHU de Lille, enseignante à la faculté de Pharmacie de Lille et chercheure en virologie au Centre Infection et Immunité de Lille (CIIL) à l’Institut Pasteur de Lille.

Source : CDC / Cynthia Goldsmith – Public Health Image Library (public domain)

En Europe, et notamment dans le nord-est de la France, le principal hantavirus retrouvé est le virus de Puumala, porté par un petit rongeur : le campagnol roussâtre. Le territoire des Hauts-de-France, notamment l’Avesnois et une partie du département du Nord, fait partie des zones françaises historiques d’endémie pour ce virus. L’infection peut provoquer une forme appelée « néphropathie épidémique », associant généralement fièvre, douleurs musculaires, fatigue importante et atteinte rénale transitoire. Dans de rares cas, des formes plus sévères peuvent survenir.

“On distingue les hantavirus de l’Ancien Monde, présents notamment en Europe et en Asie, et ceux du Nouveau Monde, présents sur le continent américain, qui peuvent provoquer des formes plus sévères.”

Pr Anne Goffard

Médecin, virologue au CHU de Lille, enseignante à la faculté de Pharmacie de Lille et chercheure en virologie au Centre Infection et Immunité de Lille (CIIL) à l’Institut Pasteur de Lille.

Les hantavirus circulant sur le continent américain peuvent quant à eux entraîner des atteintes pulmonaires graves, parfois responsables de syndromes respiratoires sévères. C’est cette forme qui est impliquée dans les cas récemment signalés à bord du navire de croisière MV Hondius naviguant entre l’Argentine et l’Europe, où plusieurs décès liés à des détresses respiratoires sévères ont été rapportés ces derniers jours. Le virus des Andes, identifié chez plusieurs patients, est l’un des rares hantavirus pour lesquels une transmission interhumaine limitée a déjà été décrite. En Amérique latine, où les infections sont en augmentation, l’OMS a récemment appelé au renforcement de la surveillance épidémiologique de cette maladie, dont certaines formes présentent une létalité élevée. Toutefois, à ce jour, le risque épidémique est considéré par l’OMS comme relativement faible.

Le mode de transmission ne correspond pas à une transmission respiratoire classique et repose principalement sur des contacts étroits et prolongés. La transmission interhumaine reste rare. – Pr Anne Goffard.

La prévention repose avant tout sur la réduction de l’exposition aux rongeurs et à leurs déjections : aérer les locaux fermés avant nettoyage, éviter l’aérosolisation des poussières des sols potentiellement contaminés, porter des gants et, si nécessaire, un masque, et limiter l’accès des rongeurs aux habitations et lieux de stockage.

Une vigilance qui s’inscrit dans une réflexion plus large : « ces virus rappellent l’importance des équilibres entre activités humaines, biodiversité et écosystèmes », souligne la Pr Anne Goffard.

Même si les cas restent rares en France, un peu plus de 2 000 cas ayant été recensés en une vingtaine d’années, les hantavirus font l’objet d’une surveillance attentive notamment dans les zones d’endémie en raison des liens étroits entre santé humaine, environnement et biodiversité. Les 33 instituts du réseau international des instituts Pasteur sont pleinement mobilisés pour lutter contre ces maladies à l’échelle mondiale.

Ces infections illustrent pleinement l’importance d’une approche intégrée « One Health », au croisement de la santé humaine, animale et environnementale, et font écho aux thématiques portées lors des Printemps de la Prévention 2025 organisés par l’Institut Pasteur de Lille et consacrés à la santé environnementale.