Voyager avec une maladie chronique

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Les indispensables

  • Une évaluation médicale préalable est nécessaire pour vérifier la compatibilité de l’état de santé, des traitements et du type de voyage, et anticiper les risques de décompensation.
  • Voyager avec un dossier médical, l’ensemble des traitements (avec réserve, ordonnances et une partie en cabine) et une assurance rapatriement adaptée.
  • Certaines pathologies (respiratoires, diabète insulinotraité, allergies sévères, troubles neurologiques ou psychiatriques) requièrent des plans d’action écrits et une organisation rigoureuse.
  • Les personnes immunodéprimées ou vivant avec le VIH nécessitent des précautions renforcées vis-à-vis des infections, des vaccinations et des interactions médicamenteuses.
  • Chez les personnes drépanocytaires, le voyage doit être strictement encadré en raison du risque infectieux et thrombotique, avec des mesures spécifiques avant, pendant et après le vol.

Pour aller plus loin

Une vigilance accrue doit être exercée sur :

  • la compatibilité de l’état de santé avec le type de voyage prévu, en particulier en présence de troubles cognitifs ou locomoteurs ;
  • le risque de décompensation de comorbidités (insuffisance cardiaque ou respiratoire, diabète, épilepsie, maladies neurodégénératives, …).
  • le risque lié à certains traitements selon les conditions du voyage (par ex. : diurétique et chaleur…) ;
  • le risque d’interaction du traitement au long cours avec de nouveaux médicaments prescrits pour le voyage ;
  • l’exposition à de fortes chaleurs (voir lien fiche conseil) ;
  • l’exposition à de grands froids (voir lien fiche conseil).

Une consultation médicale avant le départ est nécessaire afin de faire le point sur :

  • les maladies chroniques
  • les traitements suivis
  • les contre-indications éventuelles à certaines vaccinations ou la mise à jour de vaccins du calendrier vaccinal en vigueur et ceux particulièrement recommandés sur ces terrains
  • la constitution d’un dossier médical de voyage
  • les conditions du voyage, en particulier en cas de voyage aérien
  • un correspondant médical à destination susceptible de prendre en charge la pathologie.

Recommandations générales

Il est utile de munir le voyageur d’une fiche résumant :

  • la pathologie chronique,
  • le traitement habituel,
  • les principaux signes cliniques ou paracliniques,
  • un guide pour prendre en charge les principales complications possibles en lien avec la pathologie.

Dans l’idéal, la fiche devrait être rédigée dans la langue du pays de séjour ou a minima en anglais.

Pour les personnes ayant un traitement au long cours, la totalité du traitement nécessaire durant le séjour (avec une marge supplémentaire) doit être emportée avec une ordonnance de prescription. Beaucoup de médicaments ne sont pas disponibles dans les pays à faibles revenus ou à des coûts très élevés (États-Unis notamment), même à l’hôpital.

Une partie du traitement doit être conservée en cabine pour ne pas risquer une rupture de traitement en cas de retard à l’arrivée des bagages de soute, et pouvoir faire face à une aggravation de la pathologie en cours de vol.

Une ordonnance nominative rédigée en anglais et, si possible, dans la langue du pays peut être utile ou nécessaire (produits injectables) pour transporter les médicaments et dispositifs médicaux.

Une assurance rapatriement couvrant les risques liés à la maladie est nécessaire.

La prise en charge des séances de dialyse à l’étranger peut être couverte par l’assurance maladie avec des modalités différentes selon les pays.

Personnes ayant une maladie respiratoire

La pression en cabine durant un vol est habituellement régulée pour être inférieure à 8 000 pieds (2 438 m). Cette valeur correspond d’après la courbe de dissociation de l’hémoglobine à celle où la saturation artérielle en oxygène demeure > 90 % chez un sujet en bonne santé. Les personnes souffrant d’une pathologie respiratoire chronique peuvent décompenser leur état cardio- respiratoire durant un vol en hypoxie relative.

Un test d’hypoxie peut parfois être envisagé avant le départ chez ces personnes : si la saturation en oxygène (SpO2) chute en dessous de 85 %, de l’oxygène est nécessaire lors du vol (le débit est généralement de 1-2 L/min). Lorsque la SpO2 chute entre 85 et 90 %, une oxygénothérapie durant le vol peut également être discutée

D’autres indications peuvent être discutées sur avis spécialisé.

 

Recommandations spécifiques pour certaines maladies respiratoires

Les personnes ayant un asthme doivent être équilibrées avant le départ. Elles doivent emporter le traitement d’une exacerbation avec elles en bagage cabine. Un plan détaillé du traitement d’une exacerbation doit être disponible.

Les personnes ayant une BPCO ont un risque plus élevé de thrombose veineuse profonde, en particulier sur les vols longs, une prévention est donc nécessaire (voir lien fiche correspondante).

Les personnes ayant un encombrement respiratoire chronique peuvent obtenir des conseils de drainage pulmonaire auprès de leur kinésithérapeute référent avant le départ.

En cas de pneumothorax, un délai de 7 jours après la normalisation radiographique est recommandé avant de prendre l’avion. En cas de procédure interventionnelle par bronchoscopie, il est recommandé de respecter un délai de 7 jours avant de prendre l’avion.

Les personnes souffrant de tuberculose pulmonaire symptomatique devraient avoir deux examens directs négatifs de leur expectoration avant de prendre l’avion. Lorsqu’un traitement est mis en place pour une tuberculose pulmonaire et que la souche est bien sensible au traitement, le patient n’est habituellement plus contagieux au bout de deux semaines de traitement. En cas de tuberculose pulmonaire avec une souche MDR ou XDR, le voyage ne devrait être permis qu’à la condition de deux examens directs négatifs et d’une amélioration clinique.

En cas de syndrome d’apnée du sommeil ou d’hypoventilation par obésité, les vols de jour sont à privilégier. Il faut éviter la consommation d’alcool et la prise de sédatifs dans les 12 heures précédant le vol et durant celui-ci. L’utilisation pendant le vol d’appareils de pression positive continue (PPC/ CPAP) – comme c’est également le cas pour les nébuliseurs -, peut nécessiter l’autorisation préalable de la compagnie aérienne. A l’arrivée, il faut être vigilant pour la conduite de véhicule (risque d’endormissement).

Avant le départ, une consultation avec le diabétologue référent est souhaitable pour vérifier l’équilibre glycémique et le schéma d’administration d’insuline le cas échéant. Il est recommandé de :

  • Avoir une ordonnance avec le nom pharmaceutique (DCI) de l’insuline et ses modalités d’injection, le schéma de débit de la pompe (pour la reprogrammer au besoin) ;
  • Connaitre les conduites à tenir en cas d’hypoglycémie ou d’hyperglycémie avec cétose ;
  • Avoir les coordonnées d’un référent sur place (se renseigner auprès du consulat de France du pays) ;
  • Avoir suffisamment de matériel pour le voyage (aiguilles, lancettes, coton, désinfectant, lecteurs de glycémie et de cétonémie avec piles, stylo auto-piqueur, bandelettes urinaires, insulines, glucagon, pompe de remplacement, …) ;
  • Prévoir le double des quantités nécessaires et de répartir le matériel entre plusieurs bagages ;
  • Savoir que la concentration de l’insuline en cas d’achat dans certains pays peut ne pas être la même qu’en France et en Europe (100 UI/ml).

 

Le transport de seringues et d’aiguilles dans la cabine lors du vol peut être soumis à autorisation (se renseigner auprès de la compagnie aérienne). Un certificat médical (en anglais ou dans la langue du pays) peut être demandé (modèle sur le site de l’Aide aux jeunes diabétiques (AJD)).

Les personnes portant une pompe à insuline et/ou un dispositif de contrôle de glycémie en continu doivent avertir les services de sécurité des aéroports lors des contrôles aux portiques automatiques. Ces dispositifs ne doivent pas être exposés aux rayons X.

 

Un guide « Le diabète à l’aéroport » rédigé par la Direction générale de l’aviation civile récapitule les points essentiels.

Une carte en français, espagnol et anglais « J’ai un diabète » peut être obtenue auprès de la Fédération des diabétiques.

Contrôle de la glycémie durant le vol

Il faut toujours prévoir des sources de sucres rapides pour corriger une hypoglycémie.

Durant le vol, des bulles d’air peuvent se former dans le dispositif des pompes à insuline (cartouche et ligne) du fait des variations de pression en cabine. Au décollage, lorsque la pression baisse, les bulles peuvent conduire à un excès d’administration d’insuline, et à des hypoglycémies durant le vol. Inversement, à l’atterrissage, l’augmentation de pression suspend à nouveau dans la solution l’air des bulles et peut entraîner des diminutions de la dose administrée et des hyperglycémies. On peut donc être amené à déconnecter la pompe au décollage, puis à la reconnecter en altitude de croisière après avoir purgé les bulles, et répéter la même procédure à l’atterrissage.

Certains appareils de mesure continue de la glycémie peuvent également dysfonctionner en situation de pression atmosphérique plus faible.

L’adaptation de l’insulinothérapie pendant le trajet lorsque plusieurs fuseaux horaires (> 3 heures) sont franchis peut se faire selon les principes suivants :

  • Garder le schéma habituel d’injections (avec les heures françaises) si la durée du séjour est courte (< 3 jours) ;
  • Pour un traitement par injections, en cas de séjour plus long, l’utilisation de schéma basal (lente) + bolus (rapide) est préférable à une insuline mixte pour un meilleur ajustement à la glycémie. Des bolus d’insuline rapide sont faits au moment des repas, et le basal est ajusté. Plusieurs protocoles d’adaptation du basal sont possibles.
  • Si la personne a une pompe à insuline, les bolus d’insuline rapide seront faits en fonction des repas et des glycémies. Il faut garder l’horloge de la pompe sur l’heure de la zone de départ durant tout le voyage aérien, et la régler sur l’heure de la zone d’arrivée à destination. Programmer durant le vol le plus petit basal d’insuline antérieurement utilisé.

Contrôle de la glycémie durant le séjour

  • Durant les premiers jours de voyage, contrôler plus souvent la glycémie et adapter les doses d’insuline si besoin ;
  • Stocker l’insuline dans un endroit réfrigéré et sec sur place. Il existe des pochettes réfrigérantes ou des sacs isothermes pour le transport de l’insuline et du glucagon. Les stylos et flacons d’insuline en cours d’utilisation peuvent être le plus souvent conservés à température ambiante ;
  • Ajuster les doses sans arrêter l’insuline en cas de diarrhée ou de vomissements.
  • Faire rédiger un plan d’action en cas d’allergie sévère, par le médecin traitant ou l’allergologue référent avant le départ ;
  • Garder avec soi les traitements nécessaires en cas d’allergie. Les stylos d’adrénaline injectable ne se conservent pas bien au-delà de températures ambiantes > 30°C ;
  • Se renseigner auprès de la compagnie aérienne pour vérifier que l’allergène en cause n’est pas distribué dans les repas au cours du vol, et connaître les modalités de détention d’un stylo d’adrénaline injectable en cabine ;

Des cartes d’allergie alimentaire peuvent être téléchargées et remplies par le médecin référent, pour être présentées dans un restaurant. Elles existent en français ou en bilingue anglais – certaines langues étrangères.

Une convulsion datant de moins de 24 heures ou une épilepsie mal équilibrée sont des contre-indications à un voyage en avion.

  • Faire rédiger un plan d’action en cas de convulsion, par le médecin traitant ou le neurologue référent avant le départ.
  • Pour les personnes ayant des troubles du comportement, discuter avec le thérapeute référent en amont du voyage, des moyens de contenir et de prendre en charge l’angoisse générée par le voyage ;
  • Garder en cabine le traitement de l’épilepsie ;
  • Prévoir des consultations à distance par visioconférence avec le thérapeute habituel pour les personnes ayant des troubles psychiatriques qui peuvent s’acutiser du fait des changements d’habitudes ou du stress liés au voyage ;
  • Lors des transports en véhicule sur place, prévoir un dispositif adapté pour les personnes ayant un handicap neuromusculaire.

Les personnes pour lesquelles une consultation spécialisée est justifiée avant le départ sont notamment les personnes :

  • vivant avec le VIH (PVVIH) ;
  • hypospléniques ou aspléniques ;
  • transplantées d’organe solide ;
  • ayant reçu une greffe de cellules souches hématopoïétiques ;
  • sous chimiothérapie ou radiothérapie pour tumeur solide ou hémopathie maligne ;
  • traitées par immunosuppresseurs, biothérapie ou corticothérapie pour une maladie auto- immune ou inflammatoire chronique ;
  • présentant un déficit immunitaire congénital.

Une vigilance accrue doit être exercée sur :

  • Le risque lié à certaines maladies infectieuses chez les PVVIH (leishmanioses, salmonelloses, tuberculose, infections dues à des coccidies intestinales, histoplasmoses et les autres infections fongiques contractées par inhalation, etc.) ;
  • La nécessité de précautions d’hygiène notamment alimentaire ;
  • Les vaccinations : les recommandations doivent être adaptées en fonction du type d’immunodépression ;
  • Les interactions médicamenteuses entre le traitement de fond et les médicaments prescrits pour le voyage ;
  • Le risque de photosensibilisation provoqué par les sulfamides qui peuvent être prescrits en prophylaxie d’infections opportunistes chez les PVVIH ayant un déficit immunitaire ;
  • L’exposition au soleil, les personnes immunodéprimées étant plus à risque de cancer de la peau. Une protection solaire (vêtements, chapeau et crèmes écran) est fortement recommandée.

Les principales contre-indications aux voyages prolongés sont, pour les sujets drépanocytaires :

  • des crises vaso-occlusives plus fréquentes,
  • un syndrome thoracique aigu dans les mois précédents,
  • des antécédents récents d’accident vasculaire cérébral,
  • un priapisme non contrôlé,
  • l’association de plusieurs complications chroniques,
  • une hypertension artérielle pulmonaire non traitée,
  • une majoration récente de l’anémie avec des signes de mauvaise tolérance,
  • la grossesse
  • toute déstabilisation récente de la maladie.

Les voyages en avions ne disposant pas de pressurisation sont contre-indiqués.

Les sujets hétérozygotes (AS) ou « porteurs d’un trait drépanocytaire » n’ont pas de contre- indication à voyager en avion.

 

Avant le départ, sont aussi recommandées :

  • une attention particulière aux mesures de PPAV, à la chimioprophylaxie contre le paludisme et aux recommandations vaccinales liées à l’asplénie fonctionnelle. L’hydroxycarbamide (hydroxyurée) aux doses prescrites dans la drépanocytose ne constitue pas une contre-indication à la vaccination antiamarile ;
  • une hyperhydratation per os dans les 24 heures précédant le vol (3 L/m²/jour) et durant le vol (0,15 L/m²/heure) ;
  • éventuellement une injection d’héparine de bas poids moléculaire avant le vol (la drépanocytose étant en soi un état pro-thrombotique) ;
  • voire une transfusion dans la semaine qui précède le vol si l’anémie est importante.

 

Si le patient est engagé dans un programme d’échanges transfusionnels (ET), la durée du voyage ne doit pas excéder la durée qui sépare habituellement deux ET.

 

Pendant le vol, il est recommandé de :

  • porter des vêtements amples et suffisamment chauds, en raison de la climatisation.
  • porter des bas de contention, possible dès l’adolescence.
  • éviter la station assise prolongée.
  • avoir des antalgiques en cabine en cas de crise vaso-occlusive. Le transport d’opiacés, parfois nécessaires, est soumis à autorisation (se renseigner avant le départ) ;
  • être en possession d’un certificat médical pour pouvoir réclamer de l’oxygène à bord en cas de douleurs osseuses ou thoraciques, ou en cas de dyspnée (il n’est pas justifié d’équiper systématiquement le patient en oxygène pour le voyage en avion).

À destination :

Chez les drépanocytaires, le premier risque du voyage à l’étranger est l’infection (consulter un médecin en cas de fièvre). La plongée sous-marine et les séjours en altitude sont contre-indiqués.

Source : Guide des Recommandations Sanitaires du Haut Conseil de la Santé Publique pour les Voyageurs