Femmes enceintes ou allaitantes

Logo IPL

Les Indispensables

  • Le voyage pendant la grossesse doit être soigneusement évalué en raison des risques infectieux, accidentels et obstétricaux, avec un avis médical préalable indispensable.
  • La période la plus favorable pour voyager se situe entre 12 et 28 SA, et des précautions spécifiques s’imposent pour les transports, les activités physiques et l’altitude.
  • La mise à jour vaccinale, choisie selon une balance bénéfice-risque, et la souscription d’une assurance adaptée sont essentielles.
  • Une hygiène alimentaire stricte est primordiale pour prévenir les infections maternelles et fœtales, notamment en cas de diarrhée du voyageur.
  • La protection contre les moustiques est centrale, le paludisme et les arboviroses (dengue, chikungunya, Zika, Oropouche) pouvant entraîner des complications graves materno-fœtales.
  • En zone palustre inévitable, une chimioprophylaxie adaptée doit être prescrite malgré les limites des données disponibles.

Pour aller plus loin

La décision de voyager durant la grossesse doit être réfléchie en raison d’une exposition possible à des risques accidentels ou infectieux.

Avant le départ, il est recommandé aux femmes enceintes de :

  • Prendre l’avis d’un médecin ou d’une sage-femme sur la possibilité, selon leurs antécédents et le déroulement de leur grossesse, d’effectuer sans risques le voyage programmé ;
  • Emporter des photocopies ou des fichiers numériques des documents médicaux du suivi de grossesse : carnet de maternité, résultats d’échographies, de bilans sanguins ;
  • Se munir d’un certificat médical de non-contre-indication au voyage, en particulier aérien ;
  • Évaluer avec un médecin, en fonction du type de voyage et de la destination, la pertinence et la balance bénéfice-risque des vaccinations (tableau ci-dessous) et des traitements préventifs et curatifs relatifs au voyage ;
  • Souscrire une assurance rapatriement/frais d’hospitalisation couvrant la zone géographique concernée.

Vaccinations des femmes enceintes ou allaitantes qui voyagent

 

 

Vaccination Femme enceinte Femme qui allaite
Chikungunya Non recommandée Non recommandée
Coqueluche (en association) Recommandée Recommandée
Covid-19 Recommandée Recommandée
Dengue Contre-indiquée Contre-indiquée
Diphtérie (en association) Possible Possible
Encéphalite japonaise Possible Possible
Encéphalite à tiques Possible Possible
Fièvre jaune Ne doit pas être utilisé (vaccin vivant), sauf en cas de réel besoin après évaluation du bénéfice/risque.
Peu de données.
Allaitement d’un nourrisson < 6 mois : possible sous réserve de la suspension de l’allaitement pendant les 2 semaines suivantes.
Allaitement d’un nourrisson ≥ 6 mois : possible.
Fièvre typhoïde Possible (vaccin polyosidique).
Le vaccin oral vivant atténué est contre-indiqué.
Possible (vaccin polyosidique).
Le vaccin oral vivant atténué est contre-indiqué.
Grippe Recommandée Recommandée si risques
Hépatite A Possible Possible
Hépatite B Possible Possible
Méningocoque B ou ACWY Possible Possible
Pneumocoque :
• Conjugué
• Polysaccharidique
Possible.
Peu de données.
Uniquement après évaluation du bénéfice/risque.
Possible.
Peu de données.
Uniquement après évaluation du bénéfice/risque.
Poliomyélite injectable (seul ou en association) Possible Possible
Rage Possible Possible
Rougeole (associée à rubéole et oreillons) Contre-indiquée Possible
Tuberculose Non indiquée Non indiquée
VRS Recommandée Non indiquée

L’avion

La plupart des compagnies aériennes n’acceptent pas à bord les femmes enceintes au-delà de la 36e semaine d’aménorrhée (SA) en cas de grossesse simple, et de la 32e SA en cas de grossesse multiple. Les longs voyages aériens sont déconseillés en fin de grossesse. La meilleure période pour voyager se situe entre la 12e et la 28e SA.

Le voyage en avion impose une vigilance accrue sur le risque de survenue de thrombophlébite. Pour prévenir les thromboses veineuses profondes, les recommandations sont identiques à celles concernant la population générale (voir lien page correspondante)

Les Croisières maritimes

Les femmes enceintes ne sont plus acceptées après 28 SA sur les bateaux de croisière.

La Voiture

Les longs voyages en voiture, en particulier sur des routes en mauvais état ou des pistes, sont déconseillés.

Activités physiques ou de loisirs

Le voyage est souvent propice à une activité physique inhabituelle ou plus importante qui peut majorer le risque d’accouchement prématuré.

Certaines activités sportives sont incompatibles avec la grossesse (trekking, canyoning, plongée sous-marine) et de manière générale, les activités physiques sont déconseillées au-dessus de 2000 m d’altitude.

Hygiène alimentaire

La diarrhée du voyageur est fréquente, souvent passagère mais elle peut parfois se présenter sous forme sévère. Les aliments peuvent être vecteurs de maladies non diarrhéiques plus graves chez la femme enceinte ou à risque pour le foetus : hépatite E, toxoplasmose, listériose, coxiellose, brucellose

Il est donc essentiel de renforcer les règles alimentaires chez les femmes enceintes, en particulier autour de la consommation des crudités, des produits à base de lait cru, des charcuteries et viandes peu cuites.

Les recommandations en cas de diarrhée du voyageur sont identiques à celles concernant la population générale (voir lien page correspondante).

Protection contre les arthropodes

Il est recommandé de suivre avec soin les recommandations de protection contre les piqûres d’arthropodes (voir lien page correspondante). Plusieurs répulsifs peuvent être utilisés chez les femmes enceintes (vérifier sur le flacon les préconisations du fabricant).

Chez la femme allaitante, tous les répulsifs peuvent être utilisés selon les recommandations mais ne doivent pas être appliqués au niveau des seins et un lavage des mains est recommandé avant la mise au sein.

Recommandations spécifiques vis-à-vis des maladies vectorielles

Le Paludisme

Le paludisme peut entraîner des manifestations aiguës et graves chez les femmes enceintes, avec notamment des risques de mort fœtale in utero, d’accouchements d’enfants mort-nés et de survenue d’accès palustre grave. Un séjour en zone d’endémie palustre peut être déconseillé lorsque le niveau d’exposition est élevé.

Les mesures de protection personnelle antivectorielle (PPAV) sont les mêmes que pour la population générale, néanmoins les répulsifs cutanés doivent être utilisés à des concentrations adaptées (voir lien page correspondante).

Choix d’une chimioprophylaxie en cas de grossesse ou d’éventualité d’une grossesse pendant le séjour :

Un niveau d’exposition très élevé, l’état de santé de la future mère et la contre-indication de certaines molécules antipaludiques chez la femme enceinte, peuvent amener le praticien à déconseiller certains voyages à une femme enceinte.

Si toutefois, le séjour en zone de transmission palustre ne peut être évité, il est indispensable que la femme enceinte prenne, si elle est indiquée, une chimioprophylaxie, en dépit de l’insuffisance d’information ou des effets secondaires potentiels des molécules disponibles, compte tenu des risques associés à cette pathologie.

  • L’association atovaquone-proguanil peut être prescrite en cas de séjour inévitable dans les zones où cette association est recommandée en prophylaxie. Le suivi de grossesses exposées à l’association atovaquone-proguanil est insuffisant à ce stade pour exclure formellement tout risque malformatif ou foeto-toxique.
  • La doxycycline est déconseillée pendant le premier trimestre de la grossesse et contre-indiquée à partir du deuxième trimestre (elle expose l’enfant à naître au risque de coloration des dents de lait).
  • Comme en population générale, la méfloquine n’est plus envisagée qu’en dernière intention compte tenu de ses effets indésirables graves potentiels (contre- indiquée en cas d’antécédents neuropsychiatriques ou dépressifs). Néanmoins elle peut être prescrite en cas de séjour inévitable dans les zones où cette molécule est recommandée, en l’absence d’autre alternative et en dépit de ses potentiels effets indésirables. L’analyse d’un nombre élevé de grossesses exposées n’a relevé aucun effet malformatif ou foeto-toxique particulier lié à son utilisation en prophylaxie.
  • La chloroquine n’est plus recommandée en population générale pour la chimioprophylaxie du paludisme et ne doit pas être utilisée chez la femme enceinte en raison de son potentiel génotoxique. Elle n’est plus commercialisée en France.

Choix d’une chimioprophylaxie en cas d’allaitement au sein

Compte tenu de la très faible excrétion des antipaludiques dans le lait, les concentrations atteintes sont insuffisantes pour assurer une prévention efficace du paludisme chez l’enfant allaité. Si une chimioprophylaxie est indiquée, elle doit donc être administrée aussi à l’enfant, et ce même si la mère prend elle-même un traitement préventif, quel qu’il soit.

Plusieurs éléments sont à prendre en compte pour le choix de la chimioprophylaxie :

  • L’atovaquone-proguanil est le traitement recommandé en première intention si l’enfant allaité pèse au moins 5 kg. Cette restriction concernant le poids, justifiée par mesure de précaution du fait du peu de données disponibles à ce jour, peut ne pas être appliquée comme le recommande l’OMS en cas de nécessité urgente de chimioprophylaxie.
  • La méfloquine passe dans le lait maternel et doit, par mesure de précaution, être évitée. Les faibles concentrations atteintes dans le lait et l’absence d’événement particulier signalé à ce jour chez les enfants allaités au sein ont conduit l’OMS à considérer son utilisation comme possible. Néanmoins les risques d’effets indésirables psychiatriques ne la font pas recommander chez une femme enceinte n’en ayant jamais pris, compte tenu du fait que la bonne tolérance ne peut être anticipée et du risque accru des troubles psychologiques durant le post-partum.
  • La doxycycline est contre-indiquée en France chez les femmes allaitantes du fait du risque d’effets indésirables sur la dentition de l’enfant.
  • La chloroquine est contre-indiquée du fait d’une excrétion dans le lait pouvant atteindre 12% de la dose quotidienne maternelle, et de son potentiel génotoxique. Elle n’est plus recommandée en population générale pour la chimioprophylaxie du paludisme et n’est plus commercialisée en France.

Traitement préventif intermittent en zone de forte transmission

Le traitement préventif intermittent par sulfadoxine-pyrimethamine ou thérapies combinées à base d’artémisinine, mis en place dans certains pays à forte transmission palustre chez les femmes enceintes, n’est pas recommandé chez les femmes enceintes voyageuses.

La Dengue

La dengue peut être responsable de fausses couches spontanées au 1er trimestre, de mort fœtale in utero, d’accouchement prématuré et de retard de croissance du fœtus. En cas d’infection proche du terme, le risque d’hémorragie de la délivrance est majoré, ainsi que celui de dengue néonatale. La transmission au nouveau-né est possible par l’allaitement maternel ; celui-ci doit être suspendu pendant la période fébrile de la dengue et les 6 jours suivants. La prévention repose sur la protection individuelle contre les moustiques et dans certains cas, sur la vaccination avant le début de la grossesse.

Le Chikungunya

La transmission materno-foetale du chikungunya est :

  • Rare avant 22 SA mais susceptible d’entraîner une mort foetale ;
  • Fréquente à l’approche du terme et pouvant être à l’origine d’infections néonatales sévères avec encéphalopathie.

La prévention repose sur la protection individuelle contre les moustiques, et dans certains cas, sur la vaccination avant le début de la grossesse.

Le Zika

La transmission materno-foetale du virus du zika est possible tout au long de la grossesse. Maximale si l’infection maternelle survient au 1er trimestre, elle peut entraîner un syndrome de Zika congénital dans 6 % des cas, avec lésions cérébrales parfois très sévères (voir page maladie).

Les recommandations aux femmes enceintes qui prévoient un voyage en zone de circulation du virus Zika et à celles ayant un projet de grossesse qui prévoient un voyage en zone d’épidémie de Zika sont disponibles dans l’avis du HCSP du 16 février 2017 :

L’Oropouche

Lors de l’émergence de cette arbovirose observée depuis 2024 en Amérique latine, des formes materno‐foetales ont été décrites et leur lien avec des morts foetales in utero et des malformations foetales, confirmé (voir lien page maladie) :

 

Source : Guide des Recommandations Sanitaires du Haut Conseil de la Santé Publique pour les Voyageurs