Enfants Voyageurs

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Les Indispensables

  • Les voyages avec de très jeunes nourrissons, surtout en milieu tropical ou prĂ©caire, sont globalement dĂ©conseillĂ©s en raison de leur grande vulnĂ©rabilitĂ©.
  • Chez l’enfant, la prĂ©vention repose sur la protection contre la chaleur, le froid, les moustiques, le soleil, les noyades, les animaux, les accidents domestiques et une hygiène rigoureuse.
  • Les risques spĂ©cifiques liĂ©s aux transports doivent ĂŞtre anticipĂ©s, avec des dispositifs de sĂ©curitĂ© adaptĂ©s, notamment chez les enfants Ă  besoins particuliers.
  • Les enfants atteints de pathologies chroniques (respiratoires, cardiaques, immunitaires, drĂ©panocytose, diabète) nĂ©cessitent une Ă©valuation spĂ©cialisĂ©e avant le dĂ©part et des mesures personnalisĂ©es.
  • Le risque de mutilations gĂ©nitales fĂ©minines ou de mariage forcĂ© doit ĂŞtre abordĂ© lors de voyages dans certains pays.
  • En cas de sĂ©jour prolongĂ© ou d’expatriation en zone tropicale, une prĂ©paration vaccinale, une prĂ©vention anti-vectorielle renforcĂ©e et un suivi mĂ©dical sur place sont indispensables.

Pour aller plus loin

Recommandations générales

Un voyage avec de très jeunes nourrissons, dans les pays tropicaux, dans des conditions précaires, est déconseillé.

Chez les enfants, une vigilance accrue doit être exercée sur :

  • L’usage des rĂ©pulsifs (voir lien protection anti-vectorielle)
  • L’exposition au soleil et Ă  des tempĂ©ratures Ă©levĂ©es :
  • protĂ©ger l’enfant du soleil (crèmes Ă  coefficient de protection Ă©levĂ© Ă  renouveler frĂ©quemment et après chaque baignade, chapeau Ă  larges bords, vĂŞtements longs, lĂ©gers, en coton, port d’un t-shirt ou lycra pour les activitĂ©s aquatiques) ;
  • Ă©viter les dĂ©placements trop longs en pays très chauds, sources de dĂ©shydratation et de coup de chaleur ;
  • donner souvent Ă  boire de l’eau ou des solutĂ©s de rĂ©hydratation orale ;
  • faire porter des vĂŞtements lĂ©gers, lavables aisĂ©ment, permĂ©ables (coton et tissus non synthĂ©tiques), afin d’éviter le risque de sudamina (bourbouille).

[Sumanida = Mot du latin scientifique, dĂ©rivĂ© de sudare, « suer ». Petites vĂ©sicules transparentes qui apparaissent lorsqu’on transpire abondamment et sont causĂ©es par une rĂ©tention de sueur dans les canaux sudorifères. Les sudamina sont frĂ©quents chez le nourrisson.]

 

  • L’exposition au grand froid, les enfants prĂ©sentant plusieurs facteurs de moindre rĂ©sistance au froid :
  • habiller chaudement l’enfant : plusieurs couches de vĂŞtements avec une couche extĂ©rieure impermĂ©able au vent et Ă  l’eau ;
  • couvrir chaudement la tĂŞte, les mains et les pieds ; l

Le volume céphalique, proportionnellement plus important chez l’enfant, a pour conséquence une forte déperdition de chaleur, en l’absence de protection. Les gelures chez l’enfant entraînent un risque spécifique de troubles de croissance et de déformations ultérieures par destruction des épiphyses ou des cartilages de croissance ;

  • proscrire les porte-bĂ©bĂ©s par temps froid car l’immobilitĂ© de l’enfant favorise l’hypothermie et le portage favorise les compressions des membres, sources de gelures.

 

  • Le risque de noyade, en l’absence de dispositif de sĂ©curitĂ©.
  • Les contacts avec les animaux, pour prĂ©venir le risque de morsure ou de transmission de pathogènes.
  • Une hygiène corporelle rigoureuse notamment pour le jeune enfant, comprenant une douche quotidienne (avec savonnage), terminĂ©e par un sĂ©chage soigneux des plis.
  • Les risques d’accidents domestiques : les parents doivent ĂŞtre sensibilisĂ©s particulièrement au risque de brĂ»lure par chute dans un foyer posĂ© Ă  mĂŞme le sol et Ă  celui d’ingestion de produits pĂ©troliers ou caustiques, de pesticides dĂ©conditionnĂ©s ou stockĂ©s Ă  portĂ©e des enfants.
  • Le risque de mutilation gĂ©nitale fĂ©minine (MGF, excision, infibulation) ou de mariage forcĂ© lors du sĂ©jour existe (voir lien page MGF).

Environ 21% des jeunes femmes dans le monde ont été mariées avant leur 18ème anniversaire. Les MGF concernent 230 millions de femmes et de filles dans le Monde, 144 millions en Afrique, 80 millions en Asie et 60 millions au Moyen-Orient. En cas de voyage à destination d’un pays pratiquant les MGF d’une jeune fille un risque peut exister. Le sujet devrait être systématiquement abordé en consultation.

La prévention repose sur l’identification de pays ou d’ethnies pratiquant ces mutilations et sur l’information des familles sur les risques (infections, douleurs, troubles de la fertilité et de la sexualité, décès) et l’interdiction juridique de ces gestes (passibles d’amende et d’emprisonnement en France).

Des renseignements peuvent être trouvés au numéro vert 3919 ou sur le site de la HAS.

En cas de suspicion de risque imminent pour une mineure, une information préoccupante peut être adressée au procureur.

En cas de voyage sans suspicion de danger imminent mais avec un risque existant, un signalement peut être réalisé auprès de la CRIP :

Transports en véhicules terrestres

Durant les transports en véhicules terrestres, il est nécessaire d’appliquer les mesures de sécurité (ceinture, siège-auto, enfant placé à l’arrière, port d’un casque pour les deux-roues) dans toute la mesure du possible.

Dans certains cas, des adaptations sont nécessaires. Il s’agit principalement des enfants qui ont des maladies neuromusculaires qui modifient leur tonus (les enfants hypotoniques doivent impérativement voyager dans un siège, dos à la route), une trachéostomie (qui peut se boucher ou s’enlever lors d’un frottement avec la ceinture transversale), une gastrostomie ou un reflux gastro-oesophagien sévère (la ceinture ventrale peut être difficile à positionner ou augmenter la pression abdominale), ou des troubles psychiques ou du développement.

Il existe des harnais, sièges ou vestes permettant d’installer les enfants dans les véhicules avec une bonne adaptation des ceintures à la taille de l’enfant, mais dans de nombreux pays, ces dispositifs ne sont pas disponibles ou les véhicules ne permettent pas ces adaptations. Si un siège enfant doit être installé sur le siège à l’avant dos à la route (pour permettre une surveillance par le conducteur), il faut que la fonction airbag puisse être désactivée.

Par ailleurs, l’usage de fauteuils roulants adaptés pour les transports et les transferts de siège peut être nécessaire.

Enfants avec des besoins particuliers

Un voyage avec un nouveau-né ou un petit nourrisson ex-prématuré est déconseillé :

Ces enfants, même sans antécédent périnatal, sont fragiles : ils sont plus sensibles aux conditions environnementales (chaleur, froid), plus à risque de troubles digestifs et de déshydratation, ou de détresse respiratoire en cas de pathologie respiratoire virale. Le respect des règles d’hygiène générale et alimentaire et la réduction des interactions sociales sources de transmission de pathogènes sont encore plus importants chez eux.

Les vaccinations prévues dans le calendrier vaccinal sont nombreuses dans les 6 premiers mois de vie. Elles doivent être débutées avant le départ si possible, parfois avancées dans le respect de leurs AMM, considérant qu’elles ne seront souvent pas réalisables durant le voyage ou séjour. Les vaccinations spécifiques du voyage ne sont pas toutes possibles à cet âge, mais le BCG est recommandé pour les séjours en zone à risque de tuberculose, et le vaccin méningococcique quadrivalent A C W Y est possible dès 6 semaines de vie.

La protection personnelle anti-vectorielle par moustiquaire imprégnée est essentielle pour les séjours dans les pays à risque d’arbovirose ou de paludisme, car les répulsifs cutanés sont déconseillés chez les nourrissons de moins de 6 mois, et la chimioprophylaxie du paludisme ne peut être prescrite chez les enfants pesant moins de 10 kg que hors AMM.

Chez les enfants à risque d’hypoxie, le voyage en avion doit être déconseillé et restreint à des motifs impérieux. Une consultation avec le médecin référent est recommandée avant le départ et l’équilibre de la pathologie respiratoire est nécessaire avant le départ. Il est utile d’emporter une copie des derniers examens.

Risque lié à l’hypoxie relative lors du vol aérien

Les enfants sains de moins de 15 ans peuvent avoir de petites baisses de saturation transcutanée en oxygène (SpO2) non symptomatiques et sans danger. Les enfants ayant une maladie respiratoire chronique peuvent compenser la baisse de FiO2 relative, par une hyperventilation. La British Thoracic Society a émis en 2022 des recommandations dont certaines concernent les enfants :

Il est conseillé de reporter le voyage au-delà de la 1ère semaine chez les nouveau-nés à terme pour s’assurer de leur bon état de santé. Les nourrissons prématurés (nés avant 37 SA) mais à moins de 41 SA d’âge corrigé lors du voyage, qu’ils aient ou non eu un problème respiratoire néonatal, sont à risque de présenter une détresse respiratoire lors du voyage. Il est recommandé de différer le voyage aérien jusqu’à ce qu’ils aient atteint 41 SA d’âge corrigé. En cas d’impossibilité, une oxygénothérapie à 1-2 L/min doit être administrée durant le vol.

Les nourrissons de moins d’un an, ayant un problème respiratoire chronique, justifient d’une évaluation par un pneumo-pédiatre pour discuter d’un test d’hypoxie avant le départ.

Les enfants ayant une maladie respiratoire chronique comme une mucoviscidose ou une dyskinésie ciliaire, doivent bénéficier d’une spirométrie avant le départ si leur âge le permet et bénéficier d’un apport d’oxygène durant le vol en fonction des résultats.

Les enfants ayant eu une supplémentation habituelle d’oxygène dans les six mois précédant le voyage, doivent avoir une évaluation avec un pneumo-pédiatre et un test d’hypoxie.

Les enfants asthmatiques doivent être équilibrés avant le vol et prendre avec eux, en cabine, le traitement d’une crise. Ceux qui ont un asthme sévère (symptômes persistants ou exacerbations fréquentes malgré un traitement optimal) doivent bénéficier d’un test d’hypoxie.

Les enfants ayant un antécédent de pneumothorax, doivent, comme les adultes, ne pas voyager en avion dans les 7 jours qui suivent la disparition radiographique du pneumothorax. En cas de risque de récurrence, un avis spécialisé doit être pris.

En cas d’asthme :

  • Faire rĂ©diger un plan d’action lors des exacerbations, par le mĂ©decin traitant/rĂ©fĂ©rent ;
  • Garder en cabine le traitement de l’exacerbation (bronchodilatateur avec chambre d’inhalation s’il y a lieu, corticoĂŻdes oraux) et le traitement de fond (s’il y a lieu de l’administrer durant le vol) ;
  • Si un sĂ©jour en altitude est prĂ©vu lors du voyage, ĂŞtre informĂ© du Mal Aigu des Montagnes et l’œdème pulmonaire d’altitude, dont les symptĂ´mes peuvent ĂŞtre proches de ceux d’une exacerbation asthmatique.

 

En cas de mucoviscidose :

  • La protection contre les infections respiratoires doit ĂŞtre renforcĂ©e (lavage des mains, distanciation physique, port d’un masque adaptĂ© – possible au-delĂ  de 3 ans) ;
  • La prĂ©vention, l’identification et le traitement prĂ©coce d’une diarrhĂ©e du voyageur doivent ĂŞtre connus, en raison de l’altĂ©ration de la perception de la soif et des difficultĂ©s de rĂ©gulation de l’équilibre sodĂ© chez les personnes ayant une mucoviscidose.

Une consultation avec le cardiologue référent est recommandée avant le départ. Il est utile d’emporter une copie des derniers examens (ECG, échocardiographie).

Les enfants ayant un dispositif implantable doivent bénéficier d’une inspection manuelle dans les aéroports et ne pas passer par les portiques automatiques.

Les enfants avec un shunt droit/gauche ou une hypertension artérielle pulmonaire (HTAP) ne doivent pas séjourner à une altitude de plus de 2500 m. Ceux avec un shunt gauche/droit ne doivent pas séjourner durablement à une altitude de plus de 1500 m pour éviter un risque d’HTAP. Ceux qui ont une cardiopathie congénitale simple ou chirurgicalement réparée n’ont pas de restriction d’altitude.

Les enfants avec une cardiopathie congénitale cyanogène sans limitation sévère des activités ou symptomatologie de repos (classe I à II NYHA) peuvent voyager sans oxygène. Ceux qui ont une gêne au repos (classe III NYHA) ou une gêne fonctionnelle sévère (classe IV NYHA) doivent recevoir une oxygénothérapie à 2 L/min. En cas d’hypercapnie associée, un test d’hypoxie doit être effectué.

Une consultation avec le spécialiste référent ou un centre de vaccination internationale et de conseils aux voyageurs est souhaitable avant le départ, pour adapter la prévention vaccinale ou la prophylaxie médicamenteuse.

La connaissance de l’adresse d’un centre référent apte à prendre en charge ces enfants dans le pays de destination est utile.

La vaccination des sujets contacts voyageant avec l’enfant est importante pour éviter la transmission intrafamiliale de certaines maladies infectieuses.

Une consultation avec l’hématologue référent ou un centre de vaccinations internationales et de conseils aux voyageurs est souhaitable avant le départ pour :

  • ContrĂ´ler l’hĂ©moglobine, et Ă©ventuellement pratiquer une transfusion sanguine ;
  • VĂ©rifier les vaccinations complĂ©mentaires indispensables (pneumocoque, Haemophilus influenzae, mĂ©ningocoque, grippe, typhoĂŻde…) ;
  • Discuter une antibioprophylaxie durant le voyage et une anticoagulation pour le vol ;
  • PrĂ©voir un plan d’action en cas de suspicion de crise vaso-occlusive (CVO) ou d’infection ;
  • RĂ©diger un certificat mĂ©dical pour pouvoir disposer d’oxygène Ă  bord en cas de douleurs osseuses ou thoraciques, ou en cas de dyspnĂ©e.

La prévention, l’identification et le traitement précoces d’une diarrhée du voyageur doivent être rappelés, en raison du risque de CVO en cas d’hypovolémie ou de déshydratation, plus fréquente chez l’enfant.

Les mesures sont comparables à celles de l’adulte (voir lien). Consulter le dossier en ligne de l’Aide aux jeunes diabétiques (AJD) sur les voyages peut être utile.

L’expatriation en milieu tropical majore les risques sanitaires, notamment infectieux. Pourtant, l’observance des recommandations est insuffisante chez l’enfant dans cette situation, d’où la nécessité de:

  • Optimiser la chimioprophylaxie du paludisme et la prĂ©paration vaccinale, en particulier contre la rage, la tuberculose et les risques Ă©pidĂ©miologiques spĂ©cifiques ;
  • Insister sur les mesures d’hygiène, de protection anti-vectorielle et de prĂ©vention gĂ©nĂ©rale (soleil…) ;
  • PrĂ©voir une consultation de relais sur place, puis un suivi rĂ©gulier pour adapter au poids les traitements prĂ©ventifs ou curatifs d’une maladie chronique, et pour pratiquer les rappels vaccinaux.

Source : Guide des Recommandations Sanitaires du Haut Conseil de la Santé Publique pour les Voyageurs