Les points clés
- La maladie à virus Oropouche est une arbovirose émergente transmise principalement par des moucherons (Culicoides), responsable d’un syndrome fébrile aigu le plus souvent bénin.
- Une épidémie est en cours depuis 2024 en Amérique latine et dans les Caraïbes, avec une poursuite de la transmission en 2025 et des cas importés chez des voyageurs.
- Les symptômes associent fièvre brutale, céphalées et douleurs musculaires, avec de rares formes neurologiques et un signal de risque possible chez la femme enceinte.
- La prévention repose sur la protection contre les piqûres d’insectes, aucun vaccin ni traitement spécifique n’étant disponible à ce jour.
La maladie
La maladie à virus Oropouche est une infection aiguë due au virus Oropouche (OROV), appartenant à la famille des arbovirus. Ce virus se transmet à l’être humain principalement par la piqûre de moucherons du genre Culicoides. Chez la majorité des individus infectés, l’infection se manifeste par un syndrome fébrile non spécifique, proche cliniquement d’autres arboviroses telles que la dengue ou le chikungunya, ce qui peut retarder la reconnaissance diagnostique. Des formes plus sévères, notamment neurologiques et hémorragiques, sont possibles mais restent rares.
L’Oropouche dans le monde
Le virus Oropouche a été découvert en 1955 près du fleuve Oropouche à Trinité-et-Tobago. Historiquement, la maladie était endémique dans le bassin amazonien et certaines zones tropicales d’Amérique du Sud et des Caraïbes, avec des épisodes sporadiques depuis les années 1960. Cependant, depuis fin 2023, une épidémie d’ampleur inédite s’est développée en Amérique latine, caractérisée par une augmentation soutenue du nombre de cas confirmés, une extension géographique et l’apparition de foyers en zones non historiquement touchées. En 2024, plusieurs pays ont notifié une transmission locale, notamment le Brésil, la Bolivie, la Colombie, Cuba, le Guyana, le Pérou et la République dominicaine, avec plusieurs milliers de cas confirmés et quelques décès associés aux complications de l’infection.
Les données épidémiologiques disponibles pour 2025 montrent que plus de 12 000 cas confirmés ont été rapportés entre janvier et juillet 2025 dans au moins 11 pays des Amériques, avec transmission autochtone dans sept d’entre eux et des cas importés dans d’autres, reflétant une propagation continue de ce virus. L’extension de l’infection au-delà du bassin amazonien peut s’expliquer par des facteurs environnementaux tels que le changement climatique, la déforestation et l’urbanisation non contrôlée, qui favorisent l’augmentation des populations vectrices et les contacts humains-vecteurs.
Par ailleurs, c’est un virus à ARN qui se réassortit fréquemment et dont un réassortant récent (OROVBR-2015-2024) pourrait expliquer l’extension de la zone de circulation et l’émergence actuelle en Amérique du Sud et dans les Caraïbes. Se pose également la question d’un risque épidémique et d’une émergence aux Antilles françaises et en Guyane.
De plus, des cas importés ont été observés chez des voyageurs revenant d’Amérique latine vers des pays d’Amérique du Nord et d’Europe, soulignant l’importance d’une vigilance accrue dans le contexte de voyages internationaux.
La clinique
Chez les patients atteints, la maladie débute généralement après une période d’incubation de 3 à 10 jours par une fièvre élevée d’apparition brusque, accompagnée de céphalées sévères, de myalgies, d’arthralgies, de frissons, de fatigue intense et parfois de symptômes gastro-intestinaux transitoires. L’évolution est dans la majorité des cas bénigne, avec une résolution spontanée des symptômes en 2 à 7 jours, mais des rechutes peuvent survenir après une période d’amélioration (tableau biphasique).
Chez une minorité de patients, des complications neurologiques telles que méningite, encéphalite ou troubles neurologiques divers ont été rapportées, nécessitant une prise en charge hospitalière spécialisée. De plus, pour la première fois, des formes materno‐foetales ont été décrites et le lien avec des morts foetales in utero et des malformations foetales validé. Se pose la question également d’une transmission par voie sexuelle, qui nécessite encore des études approfondies pour être confirmée.
Le diagnostic
Le diagnostic clinique est complexe compte-tenu des symptômes aspécifiques et communs à la plupart des arboviroses dont la dengue et le virus Zika.
Le diagnostic de la maladie à virus Oropouche repose sur la conjonction de critères cliniques, épidémiologiques et biologiques. Sur le plan clinique, il doit être envisagé devant un syndrome fébrile aigu avec fièvre, céphalées et douleurs musculaires, en particulier chez des personnes résidant ou revenant de zones de transmission reconnues.
Sur le plan biologique, un diagnostic virologique est nécessaire, par reverse transcription (RT)-PCR quantitative jusqu’au 7ème jour suivant le début des symptômes et/ou par sérologie à partir du 5ème jour. Il est essentiel d’inclure dans le diagnostic différentiel les autres arboviroses fréquentes dans les mêmes zones géographiques (dengue, Zika, chikungunya), ainsi que d’autres causes de fièvre tropicale.
Pour les femmes enceintes ayant voyagé dans une zone à risque où une épidémie actuelle a été documentée et n’ayant pas présenté de symptômes :
- d’effectuer un suivi de grossesse selon les recommandations habituelles ;
- de ne discuter la réalisation d’un test de RT-PCR et/ou d’une sérologie OROV que chez celles ayant voyagé dans un territoire où sévit une épidémie avérée ;
- en cas de diagnostic d’anomalies fœtales au cours du suivi de grossesse, de rappeler l’importance d’informer l’équipe de soin sur les voyages réalisés et d’orienter la patiente vers un centre de diagnostic prénatal où sera proposée une recherche d’infection à OROV et organisé un suivi spécialisé.
En cas de survenue de symptômes compatibles sur place ou dans les deux semaines qui suivent le retour d’une zone à risque où une épidémie actuelle a été documentée :
- consulter en vue d’un bilan diagnostique intégrant la recherche d’OROV (par RT-PCR plasmatique et/ou sérologie) et de ses diagnostics différentiels.
En cas de confirmation diagnostique :
- de ne pas prendre d’acide acétylsalicylique ni d’autres anti-inflammatoires non stéroïdiens ;
- pour les hommes d’utiliser des préservatifs ou de s’abstenir de rapports sexuels non protégés avec une femme en âge de procréer dans les 6 semaines qui suivent le début des symptômes ;
- de signaler tous les cas d’infection à OROV à l’Agence Régionale de la Santé ;
- pour les femmes enceintes, de les orienter vers un centre de diagnostic prénatal où seront organisés le suivi de la vitalité fœtale et le dépistage d’anomalies morphologiques fœtales ;
- pour les nouveau-nés de mère infectée, d’organiser un suivi pédiatrique spécialisé comprenant un bilan diagnostique (RT-PCR et/ou sérologie) dont la négativité n’exclut pas le diagnostic, un bilan morphologique, et, en cas de détection d’anomalies morphologiques, de compléter le bilan étiologique et des complications et d’organiser un suivi pluridisciplinaire ;
Le traitement
À ce jour, aucun traitement antiviral spécifique n’est disponible pour la maladie à virus Oropouche. La prise en charge est donc essentiellement symptomatique, reposant sur le repos, l’hydratation et le traitement de la fièvre et des douleurs principalement avec du paracétamol. Les anti-inflammatoires non stéroïdiens et l’aspirine doivent être utilisés avec prudence, voire évités, tant que des diagnostics d’autres arboviroses potentiellement hémorragiques comme la dengue n’ont pas été exclus. Les formes sévères ou compliquées, notamment celles avec atteinte neurologique, nécessitent une hospitalisation et une prise en charge multidisciplinaire pour surveiller et traiter les complications.
La prévention
À l’échelle collective, les programmes de surveillance épidémiologique, de contrôle des vecteurs et de sensibilisation des populations locales sont essentiels pour réduire l’impact de l’épidémie. À ce jour, aucun vaccin n’est disponible contre l’infection à virus Oropouche, et la recherche se poursuit pour mieux comprendre les déterminants de sa transmission et développer des stratégies préventives efficaces.
A l’échelle individuelle, la protection personnelle antivectorielle (PPAV) repose principalement sur le port de vêtements couvrants compte tenu de la petite taille de l’insecte vecteur et de son activité diurne à crépusculaire. Les répulsifs cutanés habituels ont probablement une activité contre le vecteur principal bien qu’il soit difficile de le démontrer de manière expérimentale. Ce vecteur principal peut passer à travers les mailles des moustiquaires habituelles, en particulier si elles ne sont pas imprégnées.
Il est donc recommandé :
- de respecter les mesures de PPAV et en particulier du port de vêtements couvrants le jour et le soir, voire de l’application de répulsifs cutanés, notamment pendant le pic d’activité du vecteur principal de 16 à 18h ;
- d’éviter les rapports sexuels non protégés avec des personnes susceptibles d’avoir été infectées ;
- chez les femmes enceintes ou susceptibles de le devenir, de se renseigner sur la situation épidémiologique, d’adopter des mesures de PPAV strictes et de reconsidérer tout voyage non essentiel en cas d’épidémie avérée.
Les voyageurs à destination des zones touchées doivent être informés des risques et encouragés à adopter ces mesures de protection, ainsi qu’à consulter les conseils de voyage émis par les autorités sanitaires avant leur départ et au retour.